Présentation

Le CR 7 est issu du colloque réuni en 1983 à Toulouse par Jean-Michel Berthelot “Pour un bilan de la sociologie de l’éducation”. Il offre un lieu de rencontre et de débats à tous les sociologues qui travaillent sur l’éducation et la formation au sens le plus large. Ses intérêts ne se limitent pas à la sociologie de l’école ; ils s’étendent aussi bien à la formation tout au long de la vie qu’aux formes de socialisation non scolaire : éducation familiale, socialisation entre pairs, etc. De même, les références théoriques, les démarches méthodologiques sont très variées.

La création de ce Comité s’inscrivait dans le prolongement des principes établis par les fondateurs de l’AISLF : faire valoir au plan international les traditions d’exigence théorique et de vigilance critique des sciences sociales francophones, leurs liens avec la philosophie, l’histoire et les sciences politiques. Dans cette perspective, le Comité a cherché à entretenir une analyse permanente de la conjoncture politique et scientifique de la recherche de langue française, à rassembler des chercheurs francophones de tous les continents et à engager des échanges avec tous les autres espaces linguistiques : anglo-saxons bien sûr, mais aussi hispanophones, lusophones, russophone, arabophone, chinois… Les rencontres organisées à l’occasion des Congrès ont montré que ces orientations rencontraient un incontestable intérêt dans le milieu scientifique et permettaient de mobiliser de jeunes chercheurs. En dehors des Congrès, le Comité a organisé des rencontres périodiques destinées à revisiter de questions classiques ou à consacrer des approches émergentes (voir plus bas). Il soutient aussi Éducation et Sociétés, revue internationale de sociologie de l’éducation .

toulouse

 

Des origines aux nouvelles questions apparues à la fin du XXe siècle

Le colloque de Toulouse visait à relancer la réflexion sur les difficultés que rencontrait le programme de démocratisation des années 1960. Après les cathédrales théoriques édifiées par Bourdieu et Boudon, la diffusion des principes constructivistes permettait d’envisager une sociologie rapprochée qui entre dans la vie des classes et des établissements sans perdre le lien avec la généralité politique. Un hommage doit être rendu au fondateur, Jean-Michel Berthelot, trop tôt disparu, mais aussi à Viviane Isambert-Jamati, Marie Eliou, Marcelle Hardy, Walo Hutmacher, Cléopâtre Montandon, Philippe Perrenoud, Lucie Tanguy, Anne Van Haecht, Guy Vincent,Claude Trottier… qui ont animé les premières années du Comité.  Pour conserver la mémoire de cette période, il est possible de se référer aux Actes du colloque de Toulouse (Berthelot J.-M. Pour un bilan de la sociologie de l’éducation. Cahiers du Centre de recherches sociologiques, 1984). Il est ensuite possible de suivre l’évolution des débats qui ont traversé le milieu de la sociologie de l’éducation francophone à partir des différentes éditions de l’ouvrage d’Anne Van Haecht L’école à l’épreuve de la sociologie (2006 Louvain, De Boeck).

Plusieurs changements sont intervenus à la fin du XXe siècle, aussi bien dans le domaine des politiques d’éducation que dans l’organisation de la recherche. L’école compréhensive, qui avait été au centre des rhétoriques internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a fait l’objet de vives critiques ; d’autres perspectives sont passées au premier plan : la performance, la lutte contre l’exclusion. Ces évolutions se sont développées dans un contexte de mondialisation où les politiques sont élaborées à partir de grands espaces : l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Asie Pacifique. Dans le même temps, la recherche a été soumise à une obligation de rendre compte dont les critères reposent à la fois sur la suprématie des publications en langue anglaise et une évaluation de la qualité correspondant aux épistémologies dominantes dans le monde anglo-saxon.

 

De Rabat à Montréal : la sociologie de l’éducation francophone confrontée à une nouvelle organisation du monde académique

Le Congrès de Rabat en 2012 a réfléchi à la manière dont le Comité pouvait se positionner dans cette conjoncture. La première conclusion a été que le monde francophone devait se rassembler.  Cela implique de renforcer les liens du Comité avec les francophonies d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Cette orientation se heurte à la raréfaction des moyens qui rend plus difficiles les missions internationales et l’organisation des grands rassemblements. La création d’un site (aislf-cr7.org) une meilleure diffusion d’Éducation et Sociétés par le système Cairn pallient en partie cette difficulté et permettent de maintenir le lien de manière virtuelle. La seconde a été de chercher des alliances dans d’autres univers linguistiques. Dans la nouvelle carte du monde académique qui se dessine, les lignes de partage linguistiques et les lignes de partage épistémologiques ne se recouvrent pas. L’attachement à la théorie, la distance à construire par rapport à l’opinion commune où les injonctions des politiques sont partagées par de nombreux chercheurs qui appartiennent à d’autres espaces linguistiques. Il apparaît très important d’échanger avec eux et d’organiser des opérations communes : séminaires, colloques, publications.

Dans ce cadre, des contacts ont été pris avec plusieurs organisations internationales. L’Association francophone d’éducation comparée (AFEC) établit le lien avec le World Council of Comparative Education. L’European Educational Reseach Association (EERA) a créé en 2012 un réseau Sociologies of education (irps.cnr.it/socedu/) où se retrouvent plusieurs membres du Comité. L’EERA organise chaque année une European Conference on Educational Research (ECER) qui constitue un rendez-vous mondial. Ces deux associations ont participé à la réflexion qui est à l’origine de la Table ronde : “Les publications de sciences sociales face à la nouvelle gouvernance académique mondiale : comment maintenir la diversité linguistique et épistémologique ?”. La World Education Research Association (WERA) participe désormais aux ECER. Elle a accordé son soutien au réseau “Education policies and the reshaping of profession facing the challenges of globalization” qui renforce les liens entre l’Europe et l’Amérique latine.

C’est à partir de ces alliances qu’a été construit le colloque à mi-parcours que le Congrès de Rabat avait souhaité : “Les sciences sociales européennes face à la globalisation de l’éducation et de la formation : vers un nouveau cadre réflexif et critique”. Sarah Croché l’a organisé à l’Université d’Amiens (France) les 17, 18 et 19 novembre 2014. Plusieurs publications sont parues ou en cours.